ENTRETIEN – MICHEL ROUSSEL – DRAC OCCITANIE

« Jamais on n’a eu autant besoin de culture »

Le rôle de la Drac, son fonctionnement dans le contexte actuel, les filières face à la crise, mais aussi les mesures gouvernementales pour y faire face… Michel Roussel, Directeur régional des affaires culturelles d’Occitanie s’est exprimé sur les ondes du 88FM dans « Entracte », le magazine culturel de Radio Aviva.

PRESENTATION DE LA DRAC ET SITUATION ACTUELLE

Radio Aviva (R. A.) Quel est le rôle précis de la Drac Occitanie ?

Michel Roussel (M. R.), directeur régional des affaires culturelles d’Occitanie. La Drac est la représentation du Ministère de la Culture en région. Il y en a 13 dans toute la France. Elles ont pour mission de mettre en œuvre la politique souhaitée par le Ministre [ndlr : Franck Riester], sous l’autorité de la Région, et par l’intermédiaire de son préfet [ndlr : Etienne Guyot, pour l’Occitanie], en collaboration avec les autres directions régionales. La Drac Occitanie représente 280 agents travaillant dans des domaines totalement divers. Il y a ceux qui travaillent dans le champ de la création contemporaine : le théâtre, la musique, la danse, le cinéma, les arts plastiques. Et il y a aussi le secteur des patrimoines : l’archéologie, les monuments historiques, les musées, ou encore l’ethnologie. Nous sommes présents sur les sites de Toulouse et de Montpellier, ainsi que dans chaque préfecture de département. 

« La culture est toujours bien présente. »

R.A. Quel est l’impact du Covid-19 sur le secteur culturel en Occitanie ?

M.R. La culture a sans doute été l’un des premiers secteurs touchés par les mesures de confinement. Très tôt les rassemblements ont été interdits, bien avant la fameuse date du 17 mars où nous nous sommes tous retrouvés confinés. Donc depuis presque trois mois, l’ensemble du secteur est à l’arrêt : il n’y a plus de cinéma, de musée, ni de spectacle. Mais pourtant la culture est toujours bien présente. Jamais on n’a eu autant besoin de culture ! Puisqu’il n’y a pas un jour où l’on n’écoute pas de la musique, où l’on ne lit pas de livre et où l’on ne regarde pas de film à la télévision. Bien sûr, cela ne remplace pas le contact direct avec l’œuvre. Mais il n’y jamais eu autant de culture que dans cette période de confinement. Et c’est bien la preuve qu’elle est absolument indispensable.

 MUSIQUE ET CINEMA FACE AU COVID-19

R.A. De nombreux festivals ont dû être annulés [ndlr : Printemps des Comédiens et Radio France Occitanie par exemple, à Montpellier]. Comment rebondir financièrement après l’annulation d’un événement ?

M.R. Quand un artiste ne peut pas se produire devant son public, c’est douloureux. Lorsque l’organisateur a programmé un festival pendant une année et qu’il ne peut pas l’offrir à son public, c’est compliqué. Et pour les spectateurs que nous sommes, nous attendons ces manifestations. Je pense, par exemple, au festival de Jazz in Marsiac [ndlr : dans le Gers], mais aussi aux innombrables petits festivals qui essaiment sur notre territoire d’Occitanie. Dans un premier temps, nous avons pris des mesures pour que les artistes, les festivals, et les lieux de spectacles ne sombrent pas. Maintenant nous essayons de nous projeter. Et c’est sans doute dans le secteur du spectacle vivant que c’est le plus compliqué. Car par définition ce sont des espaces de convivialité. Donc nous réfléchissons à une reprise qui tienne compte à la fois des gestes barrières et de cette convivialité qui doit régner lors de ces manifestations.

« Le chemin de crête est très compliqué. »

R.A. Quand pourrons-nous retourner au cinéma ?

M.R. On a bon espoir que les salles puissent rouvrir début juillet. C’est l’objectif. Mais je ne suis pas devin et je ne sais pas comment la crise va évoluer. En tout cas elle nous montre à quel point la culture n’est pas uniquement ce petit supplément d’âme que l’on a lorsque l’on veut se faire plaisir. C’est aussi un véritable vecteur économique. Et sur le cinéma il faut rajouter l’ensemble des tournages que nous connaissons. Puisque vous le savez, l’Occitanie est une région importante en matière de tournages, notamment des séries diffusées sur France Télévisions. Et ils n’ont toujours pas pu reprendre. Mais vous l’avez compris : le chemin de crête – pour reprendre l’expression du Premier Ministre – est très compliqué.

LES MESURES DU GOUVERNEMENT

R.A. En quoi consiste le principe d’ « année blanche », au bénéfice des intermittents du spectacle ?

M.R. C’est effectivement quelque chose qui était fondamental à obtenir. Par définition, les intermittents ne pouvaient pas faire le nombre d’heures qui leur permet d’accéder au régime qui est le leur. Car il n’y a plus de spectacle depuis deux ou trois mois et il y aura très peu de festivals cet été. Donc c’est une façon de mettre en place une parenthèse sur cette période et de prolonger leurs droits d’intermittence jusqu’en août de l’année prochaine.

R.A. Quel est votre sentiment sur les mesures proposées par le gouvernement pour venir en aide aux professionnels de la culture ?

M.R. Ce principe d’ « année blanche » a été une première étape. Il y aura bien sûr une deuxième étape qui concernera la relance de l’activité. Mais d’abord nous avons tout fait pour préserver ce secteur. Il y a eu une véritable complicité entre l’Etat, la Région, et les autres collectivités pour se coordonner sur l’ensemble des aides. Cela a d’abord été des aides de droit commun. Puisqu’un théâtre ou un festival, c’est une entreprise culturelle. Elle a droit au chômage partiel, par exemple. Et beaucoup l’ont utilisé pour faire d’énormes efforts sur la trésorerie. Il y a aussi eu des aides spécifiques par filière. Le Centre National de la Cinématographie, et le Centre National du Livre, notamment. Et du côté de la Drac, nous nous sommes mobilisés pour pouvoir verser le plus vite possible des subventions, même si la manifestation n’avait pas eu lieu.

« Il y a beaucoup d’incertitudes pour la rentrée de septembre »

R.A. Entendez-vous l’inquiétude du milieu culturel [ndlr : notamment Valérie Chevalier, directrice générale de l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie, interrogé par Midi Libre le 7 mai dernier] ?

M.R. Bien sûr, je l’entends. Je la partage à plusieurs niveaux et avant tout économique. L’Opéra fait vivre ses artistes dont beaucoup sont intermittents – je pense aux musiciens comme aux techniciens. Et il y a une part de recette propre qui est relativement importante grâce à la billetterie. Donc je partage complètement ces inquiétudes. Il y a encore beaucoup d’incertitudes pour la rentrée de septembre et sur les conditions dans lesquelles elle. Faudra-t-il décaler un rang sur deux pour les spectateurs ? Faudra-t-il imaginer d’autres formes de rendez-vous ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Mais je sais qu’on peut faire confiance à ce secteur. Et je sais que ses professionnels seront capables de beaucoup d’imagination pour que le public et les artistes finissent par retrouver un chemin mutuel.

Emission « Entracte » enregistrée par téléphone, le lundi 11 mai 2020.